Quelques idées sur le féminisme

Hier, j’ai reposté un article du Time proposant « dix vidéos YouTube qui vous changeront », et j’aimerais m’attarder un peu là-dessus, parce que certains sujets me font pas mal réfléchir, surtout la question des mouvements féministes dans notre société. Je n’ai pas encore eu l’occasion de regarder tous les discours proposés (il y en a bien pour plusieurs heures de visionnage), mais je me suis déjà arrêtée sur trois vidéos: Le pouvoir des introvertis, par Susan Cain, Des statistiques qui remodèleront votre vision du monde, par le Suédois Hans Rosling, et enfin Pourquoi nous avons trop peu de femmes leaders, par Sheryl Sandberg (COO de Facebook).

Etant moi-même une introvertie, j’ai bien entendue été marquée par le discours de Susan Cain. Je n’ai pas grand chose à dire – l’éducation que j’ai reçue privilégiait autant le travail de groupe que le travail individuel, et je suis de toute façon du genre à m’isoler de temps à autre (voyages solitaires, moments seules où je peux écouter de la musique, etc). J’ai seulement trouvé plaisant l’idée que des introvertis puissent être de meilleurs leaders que des extravertis, puisqu’on a tendance à rester un peu en retrait au profit des idées des autres, comme elle pourrait le dire, mais j’y vois surtout des conséquences négatives: les introvertis risquent de se faire étouffer, écraser trop fortement par rapport à ceux qui ont une forte personnalité.

Le cours de Hans Rosling est aussi impressionnant ; on ne s’imagine pas combien notre vision du monde peut être faussée par des pré-conceptions, des généralisations. Et je me rends surtout compte que je dois grandement revisiter ma façon de m’informer…

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Viens enfin le discours de Sheryl Sandberg, COO de Facebook, sur le peu de femmes leaders dans nos sociétés, ou les femmes dans le monde du travail en général. J’ai trouvé ses propos un peu superficiels – elle ne parle pas vraiment de combien le monde du travail pourrait bénéficier de plus de femmes dans des positions de leaders par exemple. Mais j’ai bien aimé son propos général : il ne s’agit pas, comme certains mouvements féministes ont tendance à le faire, d’imposer aux femmes de s’intégrer dans le monde du travail, parfois au mépris de la famille, en méprisant par exemple les femmes qui choisissent de rester « femme au foyer », mais elle prône plutôt une égalité des chances. En bref, son discours ne s’adresse pas seulement aux femmes, mais aussi aux hommes qui devraient également bénéficier de relations plus égalitaires. Cela se résume sur une de ses dernières affirmations :

Ma génération n’obtiendra pas plus de femmes dans les positions au top, nous ne bougeons pas assez (…) Mais j’ai l’espoir que les générations futures y parviendront. Je pense qu’un monde où la moitié de notre pays et la moitié de nos entreprises étaient dirigées par des femmes serait un meilleur monde. (…) Je voudrais avoir un fils qui aie le choix de contribuer complètement dans le monde du travail ou à la maison, et je voudrais que ma fille aie le choix non seulement de réussir, mais également d’être appréciée pour ses réussites.

A mon sens, les mouvements féministes ne devraient pas se limiter à améliorer les conditions des femmes, mais s’engager à établir des relations égales hommes/femmes en leur garantissant des opportunités égales, la liberté de choisir quelle voie l’on voudrait suivre, quel que soit notre sexe. Et cela va dans les deux sens : il ne s’agit pas seulement de permettre aux femmes de pouvoir s’épanouir dans le monde du travail, ou  garantir un même salaire autant pour les femmes que les hommes, mais aussi laisser la liberté aux hommes de choisir de s’investir dans la vie de famille plutôt que dans le monde du travail.

Pour y parvenir, un million de mesures ne suffiraient pas à faire bouger les choses, mais c’est bien sûr le regard que l’on porte sur les genres et le rôle de chacun dans la société qui doit évoluer, et ce n’est pas une mince affaire. Parce que le vrai problème, c’est que non seulement peu de femmes ont assez confiance en elle pour se mettre en avant, comme Sheryl Sandberg le souligne dans son discours, mais en plus elles sont fortement handicapées par le regard porté par les autres. Une femme voulant réussir dans le monde du travail est vite mal vue, est critiquée, n’est pas appréciée pour ses réussites. C’est vrai dans l’autre sens également : un homme choisissant de privilégier sa vie de famille sur sa carrière, ou assumant des tâches traditionnellement attribuées aux femmes, sont facilement mis à l’écart, voire méprisés.

Mais le regard qui doit également changer, à mon sens, est celui porté sur les femmes décidant se consacrer à la vie de famille. Avec tous les mouvements féministes de nos sociétés occidentales, les femmes choisissant d’abandonner une carrière pour s’occuper des enfants, du foyer (qui est un travail lourd en soi), sont désormais méprisées par les « féministes ». Je le sais bien pour en avoir fait partie. Ma grand-mère a toujours sous-entendu dans ses propos qu’une femme (autant qu’un homme, d’ailleurs) avait plus ou moins raté sa vie si elle n’avait pas poursuit une brillante carrière. Ma mère, qui après avoir gérer un travail en tant que médecin et trois enfants, a choisi d’arrêter de travailler après la naissance de ma petite sœur, quatrième enfant, a toujours exprimé un certain regret d’avoir dû abandonner le monde du travail pour s’occuper de nous. Je lui en ai toujours voulu, en un sens, et c’est en partie à cause/grâce à elle que j’accorde tant d’importance à m’engager dans une carrière à l’avenir – hors de question de devenir une femme au foyer pleine de regrets !

 

« Des études ont montré que des foyers au sein desquels le coupe avait des salaires  et  responsabilités égaux ont aussi la moitié du taux de divorce. (…) et ils se connaissent mieux de façon « biblique »… »

Lorsque je suis arrivée au Japon également, j’ai d’abord naturellement méprisé toutes ces femmes qui ne désirent qu’une chose : se trouver un mari assez riche pour pouvoir les entretenir, faire des enfants, et vivre une vie paisible de femme de foyer (ne l’empêchant pas, tout de même, d’aller voir ailleurs, la vie éreintante d’employé de leur mari limitant leurs relations intimes). Je trouvais trop facile de n’avoir d’autres but que de se créer une famille, et critiquait leur manque d’ambition. Je voyais également cette façon de penser comme rabaissant envers les femmes : c’était pour moi comme si les femmes étaient juste bonnes à rester à la maison et cuisiner pour leurs enfants et époux. Pour moi, les femmes japonaises étaient esclaves de leur famille.

Vous l’aurez compris de par mon utilisation du passé, mon regard sur les relations homme/femme dans la société japonaise a quelque peu évolué après avoir passé quelques mois ici. Bien sûre, il est toujours difficile pour une femme japonaise de s’imposer dans le monde du travail (en particulier dans le monde politique), même si la situation a quelque peu évolué. Mais je me rends compte en fait que toutes ces femmes ayant choisi la vie de foyer sont en fait privilégiée au Japon, et que ce sont en fait plutôt les hommes qui souffrent de ce phénomène. En effet, une femme est libre de rater une carrière – un homme n’a pas d’autre choix que de réussir sa carrière, de porter les responsabilités (du point de vue économique – ramener l’argent à la maison -, dans la sphère publique – c’est plutôt l’homme qui va voter, s’investit dans les problèmes politiques), de travailler de 8 heures du matin à 23 heures du soir, parfois plus tard…

Pour adopter un autre point de vue, au Japon, il ne s’agit pas d’obtenir des responsabilités et des rôles égaux dans la société, mais de se partager ceux-ci.

Et c’est peut-être pas plus mal. De nos jours, par exemple, une femme doit poursuivre une brillante carrière, éduquer ses enfants, s’occuper des tâches ménagères, tout cela en s’épanouissant en tant que femme. Et gérer tout cela en même temps relève parfois de l’impossible.

Bien sûre, je ne pense pas que ce genre de relations soit la bonne (je reste persuadée, par exemple, que pour que moi, personnellement, je devienne heureuse, je dois pouvoir également m’épanouir indépendamment du foyer, via un travail par exemple), j’estime juste qu’il s’agit d’une alternative qui n’est pas à négliger, ni mépriser. Et que quand je dis que je suis « féministe » (ou peut-être devrais-je dire « humaniste »), c’est dans le sens que, quel que soit notre, on est les mêmes opportunités, qu’on puisse faire les mêmes choix, des choix qui s’accordent le mieux avec notre personnalité, nos ambitions. Je souhaiterais vivre dans une société où mon compagnon n’aie pas à subir seule toutes les responsabilités du monde du travail, mais que l’on puisse se partager celles-ci (dans les deux sens).

Ce ne sera pas possible au Japon d’ici peu, mais peut-être que cela se réalisera en Europe dans quelques années…

 

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